
Une des gageures de cette bande dessinée est de suggérer par l'image la musique du charmeur de rats. Nous avons renoncé à faire usage d'onomatopées pour décrire cette musique et préférons employer des rythmes colorés pour transmuter le son en lumière. Pour saisir avec plus d'acuité cette musique visuelle, nous faisons usage d'un outil original particulièrement efficace, la machine à rêver ou
Dreamachine.
La Dreamachine est un " procédé et appareil pour la production des sensations visuelles artistiques ", elle a été inventée en 1960 par Brion Gysin et
Ian Sommerville. " Cette invention, qui a une application artistique et médicale, est remarquable en ce que les résultats perceptibles s'obtiennent quand on approche les yeux, ouverts ou fermés, du cylindre extérieur percé d'ouvertures à intervalles réguliers qui tourne à une vitesse déterminée. On peut modifier ces sensations par un changement de vitesse, ou par un changement de la disposition des fentes, ou en changeant les couleurs et les dessins sur l'intérieur du cylindre... "
" " Le clignotement " par un nombre déterminé de pulsations à la seconde produit des changements radicaux dans les rythmes
alpha ou rythmes de perception du cerveau. Le sujet voit des lumières fulgurantes d'un éclat et d'une couleur surnaturels, d'une magnitude et d'une complexité de structure croissante tant que durent les stimulations. Quand le " clignotement " est synchrone avec les pulsations du sujet, il voit des zones croissantes de dessins brillamment colorés qui se déploient à travers tout le champ visuel ; 360 degrés d'une vision hallucinatoire dans laquelle apparaissent des constellations d'images. Des constructions géométriques d'une incroyable complexité sont engendrées à partir d'une mosaïque multidimensionnelle en de vivantes boules de feu comme les
mandalas du mysticisme oriental ou bien se résolvent momentanément en images apparemment individuelles et en scènes d'une grande force dramatique comme des rêves de couleurs vives. "
" Les sonorités rythmiques, particulièrement la musique arabe et le jazz, modulent la vision en sorte que les patterns (Note : on pourrait traduire ici pattern par représentation mentale concrète ou abstraire, support de la pensée) se mettent au diapason de la musique. "
Ainsi, en conjonction avec de la musique, la Dreamachine suscite des perceptions synesthésiques qui inspirent Vuyacha lorsqu'il peint les planches du charmeur de rats.
Les citations entre guillemets sont extraites du dossier DREAMACHINE qui figure dans le recueil de textes LE COLLOQUE DE TANGER, W.S. Burroughs/B. Gysin, ouvrage dirigé par Gérard-Georges Lemaire, Christian Bourgois éditeur, 1976.
N'oublions pas de remercier Ramon qui m'a fait tester sa Dreamachine et nous a donné de précieux conseils techniques.